L'histoire de Ghannouch
Article ajouté le 29/02/2008 à 11:24:56
L'histoire de Ghannouch d'après Jamel Ghannouchi
« Ghanouchi est un nom qui est loin d'être uniquement tunisien. Le recordman du monde du marathon porte ce nom, il est américain depuis quelques années, d'origine marocaine. Il existe plusieurs familles Ghannouchi et toutes ne sont pas musulmanes ou arabes. Celle dont fait mention votre site a un nom qui vient de Ghannouch. Ghanouch est la berbérisation du mot Ganus ou encore Janus. Il désigne le dieu des portes dans la mythologie Romaine. On trouve des Ganucci, Ganouchi, Guennouchi, Ghanouji, ganussi...un peu partout où sont passés les romains y compris et surtout en Italie. Il existe également des lieux en Tunisie et ailleurs, proches par l'origine, par exemple : Zanouch. On aura compris le processus: ce mot vient de Zanus. Même étymologie. On trouve des Zanussi jusqu'en Pologne, certains d'entre eux sont juifs ou chrétiens, alors que l'étymologie est paâenne. Tous ces noms désignent des dieux paâens, on peut ajouter en Tunisie: Zaouch pour Zeus, Baccouch pour Bacchus...peu importe l'orthographe, les habitants de Berbérie n'avaient pas une langue écrite. Ils retenaient les mots et l'adaptaient à leur dialecte. Ganus est donc le dieu des portes d'une ville. Laquelle? Gabès, bien sûr, qui vient du romain: Capès, qui vient lui-même du berbère: Tacapès. C'est la grande ville la plus proche du site ghannouch. On l'aura compris, il n'y a pas que les ignorants pour croire que tous les Ghanouchi sont de Ghanouch. Tout le monde peut se tromper. Je suis moi-même un Ghannouchi, mais de Sousse. Sommes-nous tous des cousins, malgré tout ? C'est certain, notre nom est berbère avant tout. J'ai même, pourtant, trouvé des Ghannouchi en Egypte. Car ce nom peut également être un sobriquet: il existe des noms en Tunisie comme Naghmouchi qui ont un sens explicite. Ghanouchi a alors le même sens: Ghanna ou Naghama. Il peut aussi avoir le sens de Ghnouj qui signifie: de teint clair. L'athlète marocain El Guerrouj a le même nom que El Guerrouch. La terminologie est phonétique, les berbères ne possédant pas une écriture. On peut s'étendre à l'infini. On ajoutera quand même que les terminaisons: ouch ou ouj, viennent du romain us. Ainsi tous les Amrouch, les Lamouch etc... A propos du mot forum. Il se termine par um, les berbères en ont fait oum, d'où les noms de familles tunisiennes comme Elloumi, Barhoumi, Dalhoum, etc ... »
L'histoire de Ghannouch d'après un document de 1884 écrit par la Division d'occupation en Tunisie du Service du Renseignement Français
« Huit générations nous séparent des jours que Sidi Mohammed ben el Hassen, le fondateur de Ghennouch et son fils Sidi El Habib, passaient à errer sur les bords de l'Aân el Kebira : en célébrant dans leurs chants les louanges de Dieu. Les chanteurs avaient un grand talent. Leur réputation d'artiste s'étendait au loin et on faisait de véritables voyages pour les entendre ; les gens de Bou Chemma et de Gabès, qui n'avaient que quelques pas à faire, abandonnaient bien souvent leurs occupations pour venir écouter les chants mélodieux. Au retour, ils étaient accablés de questions. Et bien ! Ont ils chanté ? “ Hé ghannouchi “ Cette phrase revenait si souvent dans la conversation qu'on l'employa pour désigner l'endroit où s'étaient établis les deux chanteurs, et Ghennouchi devint Ghennouch. Celle-ci est l'explication que les Ghannoucha donnent de l'origine de leur nom.
Ghennouch vient peut être du nom que portait l'établissement romain qui s'élevait autrefois sur l'emplacement qu'occupe le village actuel. Sidi Mohammed ben el Hassen qui n'est généralement appelé par ses descendants que Sidi Belhassen, était l'arrière petit fils du fils de Sidi Mehideb, le père de la tribu des Mahadba. En effet, le fondateur de Ghennouch était le fils d'El Hassen, le petit fils d'Ahmani, de l'arrière petit fils de Mhammed, qui était fils de Sidi Mehedeb. En se basant sur cette généalogie, les Ghennoucha se disent avec raison les descendants des habitants de la Séguia el Hamra.
Le père de la tribu des Mahadba, dont le tombeau se trouve sur la route de Gabès à Sfax, à 18 kilomètres au nord de l'Oued Akarit, venait en effet de la Séguia el Hamra. On donne le nom de Séguia el Hamra à un petit cours d'eau du Sud Marocain, qui sort du lac Dhabia, pour se jeter dans l'Océan Atlantique. Un grand nombre de des-cendants des compagnons du prophète s'établirent dans la vallée de ce cours d'eau. Ils bâtirent sur les bords de la Séguia une cité florissante, qui devint un lieu de pèle-rinage très fréquenté.
Les causes qui déterminèrent Sidi Mehedeb à quitter les rivages vénérés de la Sé-guia el Hamra, pour courir le monde, sont restées inconnues.
La postérité du Saint se dépérit rapidement. La plupart de ses petits fils quittèrent le sol natal.
Sidi Bourouis gagna el Oudian ; Sidi Meghou et Sidi Ali Ech Chataoui, allaient fonder le village que nous appelons aujourd'hui Bou Chémma.
Leur petit neveu, Sidi Mhammed ben el Hassen, suivit, quelques années plus tard leur exemple. Un jour, il trouva réunies dans le même endroit des ruines romaines d'où il tirerait sans peine les matériaux nécessaires à la construction de sa demeure et de l'eau pour arroser ses cultures. Il ne voulut pas pousser plus loin ses recher-ches et s'établit dans l'endroit où nous voyons se dresser les palmiers de Ghen-nouch.
Sidi Belhassen et son fils el Habib moururent en cÅ“ur de Sainteté, laissant une nombreuse famille : Ils sont enterrés dans le même tombeau, monument remarqua-ble bâti à l'Ouest du village. Leurs descendants se sont multipliés. Se basant sur leur origine, ils n'ont voulu en-trer sans aucun et ont répondu invariablement à toutes les avances que leur ont fai-tes à ce sujet « Nous sommes gens de Zaouâa ; notre faction descend d'un Marabout que vous vénérer tous. Laissez nous remplir en paix nos devoirs hospitaliers ». Cette neutralité qu'ils réclamaient avec tant d'insistance n'a pas toujours été respectée par les tribus voisines. Plusieurs fois, ils ont été razziés par les Ourghammed, les Ham-mamad et les Ben Zid.
Après chaque razzia, ils suivaient les traces des ravisseurs, le chapelet à la main, en invoquant Allah et s'ils parvenaient à rejoindre les pillards, ils finissaient à force de prière et de supplications, par obtenir la restitution de la plus grande partie de ce qui leur avait été enlevés.
Les Neffet ont toujours respecté les biens des Ghennoucha. Ils se contentaient de venir de loin en loin leur demander en grand nombre l'hospitalité.
Ghennouch ne se mêla donc très peu aux luttes qui ensanglantèrent l'Araadh et qui bien souvent furent dues à la lourdeur des impôts. D'ailleurs, jusqu'en 1272-1800 époque à laquelle Si Mhammed Bey fixa le taux de la Medjba à 36 piastres par tête et supprima les privilèges d'exemption dont jouissaient beaucoup de Zaouâas. Les Ghannoucha ne payèrent aucun impôt. Depuis cette époque, ils sont assujettis aux mêmes charges que la généralité des Tunisiens.
Ils furent mêlés à la révolte de 1256-1646 qui causa la mort du Lejemi des Mansou-lats durent contribuer au paiement de l'amende de 500000 réaux imposée à l'Arradh par Si Ahmed Bey.
Les mouvements insurrectionnels dirigés par Ghouma el Mahmoudi en 1273-1856 et par Ali ben Ghedhahoum (de 1281-1864) ne purent les décider à prendre les armes.
Ali Ben Khalifa ne leur extorqua pendant qu'il fut Gouverneur de l'Araadh que 1500 piastres et voici dans quelles circonstances :
Tous les moyens étaient bons avec ce fonctionnaire tunisien pour se procurer de l'argent. Son chaouch nègre, avait confié aux Ghennoucha un cheval au moment de la poussée des herbes. Ce cheval fut volé par des Ben Zid qui, du reste, furent obli-gés de le rendre au propriétaire. Les Ghennoucha payèrent cependant pour ce motif 1500 piastres romaines. Quand en 1285-1868, la colonne de Si Osman vint étouffer les plaintes de l'Araadh, réduit aux abois par son gouverneur Ali ben Khalifa, Ghen-nouch ne prit pas part à la résistance. Les habitants s'empressèrent, sans attendre le passage des troupes sur leur territoire, d'aller porter à Oudref le montant de l'amende dont ils avaient été frappés.
Le débarquement des français à Gabès fit sortir les Ghennoucha de leur quiétude et les décida à prendre les armes pour défendre la cause de l'Islam. Ils leur fallu un peu plus de temps que leurs voisins, les Méthaoua et les Oudref pour calmer cet excès de fanatisme. Au lieu d'aller comme ceux ci, demander l'aman à Monsieur le Colonel Mille, qui commandait à Gabès, il fallut l'arrivée de la colonne de Monsieur le Général Legerat à Ras el Oued pour les décider à faire leur soumission. L'insurrection coûta la vie à 5 Ghennoucha dont le nommé Ould Souilah, tué dans le combat, qui causa la mort du fils de Ahmed ben Djerad ; deux autres d'entre eux furent pris pendant les premiers jours d'Octobre 1881 par une patrouille de Djariens, cardis, qu'ils volaient des dattes dans l'oasis de Gabès, en compagnie d'un Methoua, le neveu du Cheikh BouBeker ben Chamekh et furent fusillé par ordre de M le Colonel Mille.
Le cheikh actuel de Ghennouch, El hadj Meftah d'un autre notable, El hadj Mham-med el Ghoul, s'étaient mis à la tête du mouvement insurrectionnel. Les esprits furent calmés par les sages conseils du notaire El Hadj Touhami, frère d'El Hadj Meftah qui s'empressa de prêcher la soumission dès qu'il fut rentré dans son village qu'il avait été obligé de quitter avant l'arrivée des Français à Gabès, pour aller porter une cause au Chara de Tunis. Après avoir incité leurs concitoyens à se résoudre, El Hadj Meftah et El Hadj Mhammed El Ghoul, furent les premiers à faire entendre la voix de la raison et l'arrivée de la colonne de Monsieur le Général Legerat aidant, ils décidè-rent le village à faire la soumission.
Aujourd'hui, les Ghennoucha qui sont certainement les travailleurs les plus laborieux de l'Araadh, ont repris leurs habitudes sédentaires. Ils reculent sans cesse les limites de leur oasis qui, dans quelques années sera peut être une des plus grande de la contrée et qui actuellement c'est la plus petite. ??? Le chiffre de la population mâle ne dépasse pas 91 hommes ; cependant ce petit nombre de bras à produit un travail convenable. 26 puits ont été creusés. Des jardins des semis de palmiers ont été faits autour de ces puits. La longueur totales des Thabia “ parapet en terre battue qui en-tourent les jardins ou les vergers crées depuis quelques années en dehors des deux oasis de Ghennouch et El Koudia, atteint le chiffre énorme de 14800 mètres. Mais ces travaux ne constituent pas la seule occupation des Ghannoucha ; ils teillent le lin que produisent leurs jardins; font des filets pour la pêche ; ils sont habiles pour fabri-quer les ouvrages de halfa : Ghounia, jembels, adilas, etc¦ Une partie de la popula-tion se livre à la pêche ; d'autres font le métier de colporteur.
Autrefois, chaque année, une vingtaine de jeunes gens, se rendaient dans les ports de la côte pour y faire le métier de marchand ambulant. Ce goût prononcé pour les lointains voyages tend à disparaître et, actuellement, on ne compte que sur 3 indivi-dus seulement qui soient allés chercher fortune loin du pays natal.
Le village de Ghennouch s'élève au Sud de l'Oasis. Il est généralement bien bâti. La plupart des maisons ont été construites avec des pierres tirées des ruines romaines, le reste a été bâti avec le calcaire Djebel Dissa. Les rues sont larges et plus propres que dans la généralité des villages arabes.
A 600 mètres au Sud du village se trouve la petite oasis d'El Koudia qui doit son nom à l'éminence qu'elle couvre de ses palmiers.
Pendant très longtemps les descendants de Sidi Belhassen ont, seuls, formé la po-pulation de Ghennouch. Depuis quelques années, des étrangers, renonçant à la vie nomade, sont venus s'installer dans le village. La plupart de ces nouveaux venus sont plutôt des parents que des étrangers pour les Ghannoucha, car ils appartien-nent à la tribu des Mahadba d'où sont sortis, les habitants de Ghennoucha. Le village est administré par un seul cheikh le Mr El Hadj Meftah ben el hadj Mham-med. »
extrait du site Ghannouch.com
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